Avec LUCY, le producteur père du studio EuropaCorp* se rêve auteur. Ne dérogeant pas à la règle servant de prémisse à son exposé selon laquelle l’être humain n’emploie qu’une proportion infime de ses capacités cérébrales, Luc Besson livre un film d’une rare vacuité et ridiculement prétentieux. Délaissant les bases d’une réelle oeuvre cinématographique, il signe un divertissement dérisoire.
Lucy est, comme nous le rappelle Besson non sans balourdise, l’Australopithecus afarensis considéré longtemps comme à l’origine de l’homme. Mais c’est aussi une vulgaire jeune femme, malgré elle mêlée à un trafic de drogue, qui est forcée à transporter du CPH4 de synthèse. Ainsi Lucy se retrouve bientôt avec une poche d’un kilo de cristaux dans son abdomen. Celle-ci craque et la réaction chimique qui s’en suit conduit l’héroïne à coloniser peu à peu son esprit…
« To knowledge ! »
D’entrée de jeu l’écriture manque de finesse. S’il est regrettable que le spectateur soit pris pour un décérébré – ne peut-il faire lui-même donner du sens au titre que le réalisateur surligne à ce point l’explication – la mise en place de l’intrigue est telle que le film tend au pastiche. Toutefois cette légèreté n’est qu’apparente tant, même si elle en manque cruellement, l’approche se prend au sérieux. Alors que Besson entend ancrer une réflexion philosophique, il semble oublier de donner à ses protagonistes quelque psychologie. Certes amusant lors de la découverte du personnage de Lucy (Scarlett Johansson est admirable en naïve écervelée) ce constat est amer au fur et à mesure du développement scénaristique. L’évolution de l’héroïne est continuellement inscrite dans la plus pure démonstration en recourant sans cesse, entre quantité d’effets visuels (qu’importe la cohérence narrative), au discours – franchement risible lorsque Lucy téléphone à sa mère.
La construction du scénario tend proprement au ridicule. Besson met en place un double axe narratif qui n’est qu’un plat prétexte à un pur déploiement d’effets. En parallèle de l’aventure bientôt fantastique (et in fine fantasque), il s’agit d’accoler – de coller – une séquence permettant d’ancrer le manifeste pseudo-philosophique. Le professeur Norman (Morgan Freeman) révèle ainsi au fil d’un exposé, morcelé afin de dynamiser l’action, les bases scientifiques nécessaires à la compréhension d’une matière pourtant pré-mâchée. Si cela engendre un temps de l’humour à l’instar de la première inscription en intertitre du pourcentage d’intelligence, l’argumentaire est tellement pauvre, entendu et attendu, qu’il laisse incrédule. Vulgaire truc scénaristique, la mise en parallèle n’est pas plus développée par Besson qui délaisse proprement le personnage de Norman. Comme tout autre personnage secondaire ou de second plan, il n’est qu’un artifice au service de l’indigeste – et pourtant léger – pamphlet réflexif. En fait, dans cette version philosophique de Nikita en Taxi, les clichés caractérisant notamment les trafiquants de drogue ou les policiers sont affolants. Quel dommage de ne pas avoir exploité plus avant l’angle de la comédie tant la caricature est grossière.
« Mum I feel everything »
Dépourvue de psychologie, l’évolution de Lucy – cette révolution génétique – est d’une pauvreté d’autant plus désolante que les incohérences narratives sont légion. En somme, dotée d’un savoir exponentiel, l’héroïne selon Besson manipule les armes avec brio et s’amuse à provoquer des carambolages avant de s’extasier sur la beauté du monde. Les rares complexifications amenées sont expédiées d’un retour de la main – quoi de plus appréciable alors que l’ellipse. Bref, le scénario tend au pur gavage. Mais qu’importe le ridicule – difficile de ne pas change son regard sur une chaise de bureau ou une clé USB – car Luc Besson se veut être le nouveau Messie n’hésitant pas à conduire e spectateur à ouvrir les yeux… A-t-il seulement conscience qu’il peut alors chercher à analyser son film ?
L’approche esthétique est-elle soignée qu’elle s’avère pathétique. En tout point artificielle, elle est un almanach des possibilités offertes – aujourd’hui (donc hier déjà) – par les effets spéciaux sans que jamais Besson ne tende à une grammaire singulière. A moins que celle-lui ne soit justement l’addition d’effets et une apparente banalité. Néanmoins il est regrettable qu’alors que le film repose sur les artifices, tous sont loin d’être bien rendus. Mais puisque la musique atmosphérique enrobe le tout…
Il faut reconnaître que malgré un scénario bancal, dans sa dynamique de montage, Besson tente tout de même de s’imposer comme un auteur. À côté des intertitres dynamisant l’action – qui, tout de même, symbolisent l’évolution psychologique de Lucy – il emploie ainsi une kyrielle de « stock-shots ». Ce recours est pluriel : donnant sens au titre et au nom de l’héroïne, suggérant l’humour ou participant à la dynamique narrative. Cependant le manque de finesse est tel qu’ils se révèlent tristement illustratifs et deviennent un effet parmi les autres – et ce principalement parce qu’il s’agit de les abandonner une fois que l’action décolle.
Au coeur de ce marasme – un piètre scénario et une réalisation grotesque – Scarlett Johansson parvient à s’imposer comme magistrale. Au-delà de la gymnastique et des artifices, elle impose un regard changeant qui, formidable nuancier, s’impose comme le seul élément sensible du film.
*Fondé sous le nom de Leeloo Productions en 1992 avant de changer de nom en 2000.
LUCY
♥
Réalisation : Luc Besson
France / USA – 2014 – 97 min
Distribution : Belga Films
Acion / Science-fiction
Attention, la bande-annonce condense l’ensemble de l’action.