Délicieuse comédie dans sa première partie, SALMON FISHING INTO YEMMEN vire inexorablement vers le film de romance éculé et monstratif, doublé d’une assommante tendance à la moralisation, au fur et à mesure de son développement. Dommage.
L’introduction du film est savoureuse. Elle met en place trois protagonistes – et autant d’univers – qui se retrouvent, malgré eux, dans une aventure rocambolesque. Si le trait est alors épais, il n’est pas grossier. Bien au contraire. Chaque détail compte : le vocable et le vocabulaire, les éléments de décor, les accessoires sont vecteurs de sens et participent à l’intelligente caractérisation des personnages. Et si d’emblée l’hypothèse d’une romance est indéniable, elle n’apparaît pas comme centrale. L’humour s’impose et la critique d’une société caricaturée est savoureuse.
Sur base d’une manipulation médiatique orchestrée par la responsable communication du premier ministre anglais, les trois protagonistes – dont celle-ci – sont contraints de collaborer à un projet fou : introduire des saumons au Yemen. L’absurdité soulignée de la situation participe, avec la personnalité de chacun des personnages, a donner le ton. Mais l’enchantement retombe tel un soufflé lorsque deux protagonistes deviennent centraux et alors que le troisième – pourtant délicieuse Kristin Scott Thomas – est relégué au second plan – bien caché derrière un arbre. A mesure que la romance s’impose, la richesse du ton premièrement mis en place s’estompe. Et SALMON FISHING INTO YEMEN bascule vers une comédie romantique sans intérêt aux envolées moralisatrices et cousue de fils blancs où cependant quelques symboles sont chaleureux – ou est-ce Ewan Mc Gregor qui s’impose comme incroyablement séduisant ?
L’enrobage musical est important, mais le réalisateur semble de prime abord s’en amuser laissant son protagoniste chanter et sautiller, le rendant même complice de la musique. Une musique qui ne cesse ensuite de s’imposer avec toutefois une retenue certaine afin de ne pas exacerber le pathos des protagonistes. Car si cet enrobage atmosphérique tend à une dimension empathique, lorsque les personnages dévoilent leurs sentiments l’orchestration musicale s’efface et une impression de sincérité s’inscrit. Une justesse salutaire qui prend vie au coeur d’une aventure artificielle cependant pesante.
SALMON FISHING INTO YEMEN
♥♥
Réalisation : Lasse HALLSTROM
UK – 2010 – 112 min
Distribution : Paradiso
Comédie / Romance